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Melles : la tuaille du cochon.

Il m’arrive parfois, au retour d’une balade, de passer dire bonjour à René et Henri SAGUET. Ce jour-là, René m’offre quelques tranches de jambon. De son jambon. Enfin, du jambon de son cochon. René et Henri me racontent comment, dans le temps, ils élevaient, tuaient et transformaient le cochon à la ferme. C’était une coutume, dans les campagnes comme en montagne, qui se passait dans les mois les plus froids de l’hiver et qui permettait de nourrir une famille en viande et charcuterie pendant une année. Aujourd’hui, par manque de temps, ils achètent le cochon à un éleveur, puis l’abattent et le transforment à Melles. Et me voilà invité pour la « tuaille » du prochain cochon. Je réponds positivement à leur invitation, me disant que j’ai là l’occasion d’assister à l’un des derniers « tue-cochon » dans la vallée de Melles.

Jour J. Je ne suis pas le premier. Le cochon est déjà là. Il attend sa dernière heure dans la camionnette. Il ne fait pas bien froid. Juste ce qu’il faut.

Deux gros chaudrons, noircis par le temps et la fumée, sont placés au dessus d’un feu de bois. Ils sont remplis d’eau qui, une fois portée à ébulition, sera versée sur la dépouille du cochon pour une séance d’épilation.

L’eau de la toilette chauffe.

A l’entée de la maison, une autre marmite. Pas pour le cochon celle-ci, mais pour les voisins, amis, parents qui sont venus aider à la tuaille du cochon. Ça sent bon la garbure…Et apparemment, c’est Pierrot qui est chargé de vérifier l’état de cuisson de la garbure.

Alors Pierrot, elle est bonne ?

Les renforts étant réunis, la fin programmée du cochon peut commencer. Lui, le cochon, on devine qu’il a compris ce qu’il l’attend.

Il y a ceux qui tirent, ceux qui poussent, ceux qui soulèvent la bête, et à la fin, le cochon est posée à plat sur le fond de la maie qui a été renversée. La maie est une grande baignoire, en acier galvanisé, dans laquelle sera réalisée plus tard la séance d’épilation du cochon.

C’est bientôt la fin.

Je ne vais pas détailler la mise à mort du cochon. Mes grands parents pratiquaient cette coutume. Et enfant, vers 6 ou 7 ans, j’avais assisté à la mise à mort du cochon. Je me souvient des cris du cochon. Celui-là est resté silencieux. Mais rien n’a changé. La méthode reste pour moi assez violente. Il doit bien exister des solutions bien plus radicales.

Après le saignement, le sang est recueilli dans une bassine. Il servira à la fabrication du boudin.

Le cochon est ensuite placée dans la maie qui a été « stérilisée » au préalable par du papier journal qu’on fait brûler à l’intérieur.

« stérilisation de la maie »

L’épilation peut commencer. Cette opération, qui est plutôt une forme de rasage, consiste à placer le cochon dans la maie, de l’arroser d’eau très chaude et, à l’aide de racloirs, de retirer la soie (poils du cochon). Un système de chaînes, placées sous le cochon, permet de le tourner à la demande.

On verse l’eau chaude…
et on racle.

On fignole. Pas un poil ne doit rester.

La concentration est totale.
Dernier rinçage.

Après avoir retiré les ongles avec un crochet, la vessie, le pénis et testicules, une cheville en bois est placée dans une incision pratiquée derrière les tendons de chacune des pattes arrières. Le cochon est prêt à être suspendu.

Mise en place de la cheville en bois au niveau des pattes arrières
Le cochon est prêt pour être suspendu et vidé : 3 semblent satisfaits du travail réalisé et 2 s’en moquent royalement…

La préparation de nettoyage est terminée. L’échelle et son cochon sont placés verticalement. Il s’agit maintenant d’ouvrir le ventre et de retirer le système digestif, les poumons et le coeur.

Pierrot tient la patte du cochon. Sans doute pour le soutenir moralement…
Là Henri fait la grimace. Mais devant un saucisson, c’est tout autre…
Sous l’oeil affuté de Dédé, Cédric coupe les côtes.
Et du boulot pour les femmes qui sont en cuisine.

Et pendant ce temps…. Oui, parce que pendant ce temps, il y a des femmes en cuisine qui préparent de quoi faire le boudin. Et pour faire le boudin à l’oignon, elles pèlent des oignons. Croyez-moi : je suis rentré dans la cuisine et j’ai tenu 10 secondes. Après j’avais des larmes de crocodile, les yeux qui piquaient. Je n’avais qu’une hâte, c’était de ressortir de cette pièce. Et elles, 3 femmes, tranquilles, le sourire, continuaient à peler les oignons. « c’est une question d’habitude me dit l’une ». La bonne blague, je n’ai pas pu faire de photo, même l’objectif de l’appareil photo pleurait.

La tripaille est transporté dans la cuisine. Les vapeurs d’acide sulfénique se sont dissipées. Pour les femmes, c’est l’heure de trier et laver les boyaux qui serviront de contenant pour faire saucisses et boudins.

C’est comme dans un bloc opératoire au cours d’une opération de l’appendicite.

Le lavage des boyaux se fait à l’extérieur.

La pause du déjeuner arrive. Le cochon a été placé dans la grange pour que la viande repose avant la découpe. Moi je devais rentrer, mais je vous assure que le repas préparé pour les convives était gargantuesque.

Fin de la première étape.

Sûr que le repas qui a suivi devait être animé. J’ai appris plus tard qu’il s’était terminé bien tard dans l’après-midi…Heureusement, le cochon était bien mort et il n’ y avait aucun risque qu’il s’échappe.

Le lendemain est consacré à la transformation du cochon par la réalisation de pâtés, saucisses, boudins, jambons….rien ne se perd. Dans le cochon, tout est bon.

Voilà une coutume qui est appelée à disparaître dans cette vallée de Melles

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